J’accompagne aujourd’hui des structures culturelles, mais je ne viens pas du conseil.
Je viens de l’édition musicale, de la presse culturelle, de la recherche et de l’enseignement. Ces mondes me nourrissent constamment comme ils nourrissent ma pratique et mon approche d’accompagnante.
J’ai travaillé au plus près des œuvres de compositeurs comme Georges Aperghis dont j’ai édité pendant 10 ans les partitions, écoutant et accompagnant leur parcours patient de la première idée, cet instant où l’œuvre n’a pas encore de titre, jusqu’au moment où elle rejoint le pupitre du chef d’orchestre. J’ai décrypté l’écriture serrée et graphique de Iannis Xenakis ou encore travaillé à la translittération du texte japonais de Shingyo de Pascal Dusapin.
J’ai contribué à faire sortir du flou des expositions, dirigé des publications, conduit des enquêtes, écrit nombre de portraits sensibles et pleuré d’émotion à la fin d’une interview de l’immense Graham Johnson. Le journalisme musical est un métier où il est fortement conseillé de pleurer dans l’exercice de ses fonctions. C’est même un gage de bonne santé.
Je transmets tout cela aujourd’hui dans l’enseignement supérieur auprès d’étudiantes et d’étudiants qui se destinent aux métiers du matripatrimoine et de la médiation culturelle.
Enfin et c’est une autre source à laquelle se nourrit ma pratique de consultante, je poursuis aujourd’hui un travail de recherche en histoire dans le cadre d’un doctorat à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Un jour, je suis tombée par hasard sur un texte de Patrick Chamoiseau. Ce texte parlait de la relation et des objets passeurs. L’idée qu’un objet culturel, une histoire ou une pratique puissent devenir des passeurs entre des personnes, des territoires et des imaginaires correspondait si bien à ce que je voulais faire, à ce que je voulais être. C’est à cet instant que l’Objet Passeur est né.
Car si je parle de stratégie, de récit ou de médiation, c’est depuis cette expérience-là : celle d’une praticienne du sensible, d’une visiteuse de mondes culturels avant d’être celle d’une consultante.
Francine Lajournade-Bosc